La Calligraphie / The Calligraphy 书法

On ne peut parler de calligraphie sans parler un peu de l’histoire de l’écriture chinoise.

A la toute fin du XIXème siècle on vendait dans certaines villes chinoises, dont Pékin, des « os de dragon », des os ou des bouts d’os plats avec des inscriptions sur leur surface que l’on considérait efficaces contre la malaria. Wang Yirong, érudit chinois, lui-même malade et à qui l’on apporta ce traitement se rendit compte que les inscriptions sur ces « os de dragon » étaient en fait de l’écriture de l’époque Shang (1570-1040 BC). Après de longues recherches on trouva plusieurs fosses pleines de ces « os de dragon » et il fut établi avec certitude que ces vestiges de l’époque Shang n’étaient autres que des supports d’écritures divinatoires sur omoplate de bovidé ou carapace de tortue (Jiaguwen 甲骨文) et aussi la première forme d’écriture de la civilisation chinoise. Ainsi le monarque Shang posait à son devin des questions sur les futures récoltes, les futures batailles. Le devin préparait alors son support, soit une omoplate soit une carapace en entamant un ou plusieurs trous, ensuite, il enfonçait dans ces entailles un bambou chauffé à rouge, ce qui avait pour effet de provoquer des craquelures……  Ces craquelures étaient le message des dieux pour le monarque Shang et c’est de ces craquelures qu’est née l’écriture chinoise.

Pour les chinois, l’écriture  est donc bel et bien un cadeau des dieux aux hommes et cultiver l’art de la calligraphie c’est encore aujourd’hui une forme de rapprochement du divin.

We cannot talk about calligraphy without talking a bit about the history of chinese script.

 At the end of the 19th century, in some Chinese cities, like Beijing, people were selling “dragon bones”, bones or pieces of flat bones with inscriptions on their surface which were considered as an effective thing against malaria. Wang Yirong, a Chinese scholar, was ill and someone brought this medicine to him: then he realized that the inscriptions on those “dragon bones” were, in fact, script from the Shang period (1570-1040 BC). After long researches, several pits full of those “dragon bones” have been found and those vestiges from the Shang period have been identified, with certainty, with supports for divinatory scripts on bovids’ shoulder blades or turtle carapace (Jiaguwen 甲骨文) and also identified with the first form of script of the Chinese civilization. Thus, the Shang monarch asked his diviner questions about future harvests, future battles. The diviner prepared his support, a shoulder blade or a carapace, by making one or several holes, and then he pushed into those holes a red heated piece of bamboo, which provoked cracks……Those cracks were the message of the gods for the Shang monarch and from those cracks the Chinese script was born. 

For Chinese people, script is a real gift from gods to humans. To cultivate the art of calligraphy is still a way to get closer to the divine. 

Centre d’Art Yuan Xiao Cen /Art Center Yuan Xiao Cen 袁晓岑艺术园

Dans ce centre d’art à Kunming, nous avons eu le privilège de rencontrer  le calligraphe Pei Jianwei 裴剑威, de renommée nationale et que le gouvernement « entretient » dans un souci de préservation du patrimoine vivant de la Chine. Pei Jianwei est un lettré des temps modernes, il passe ses journées à retranscrire des classiques de la littérature chinoise tels Le rêve du pavillon rouge 红楼梦, ou le Traité de la voie et de la vertu 道德经 de Lao Zi 老子. Il s’est entouré de peu d’objets parmi lesquels on compte bien évidemment les 4 trésors du lettré et quelques volumes des classiques de la littérature ancienne. Quand il reçoit chez lui il aime à parler de calligraphie et des maîtres du passé, boire du thé et fumer. En passant une soirée en compagnie de cet homme nous goutâmes un peu de la saveur de la plus pure et plus raffinée des formes de sociabilité de la culture chinoise.

In this art center in Kunming, we had the privilege to meet the calligrapher Pei Jianwei裴剑威. He is national-renowned and the government supports him in order to preserve the living heritage of China. Pei Jianwei is a modern “lettré”, he spends most of his days retranscribing classics of Chinese literature like the Dream of the Red Chamber红楼梦 or the Tao Te Ching 道德经(Daodejing) by Lao Zi老子. He surrounded himself with few objects, of course including the 4 treasures of the Study and some volumes of Chinese ancient literature classics. When he receives people, he likes to speak about calligraphy and about ancient masters while smoking and drinking tea. By spending an evening together with this man, we sampled a bit the savor of the purest and most refined forms of Chinese culture and sociability. 

Un rouleau de 42 mètres de long: oeuvres complètes d’une poétesse de l’époque Tang. /This document is 42 meters long, it is the complete works of a woman poet of the Tand period. 

Caractères de petite taille écrits en style cursif. Pei Jianwei préconise l’apprentissage par les livres: recopier ce que les maîtres ont écrit par le passé. /Small characters written is cursive style. Pei Jianwei recommend learning by books : to copy and copy again what the masters wrote in the past. 

Au cours de calligraphie de  Lin Chao /The calligraphy lesson of Lin Chao 林潮

J’ai [Fidel] eu le plaisir de prendre 3 semaines de cours de calligraphie avec Lin Chao qui m’a gentiment « incrusté » dans son cours d’été pour enfants de 5 à 10 ans.

La première semaine fut quasi entièrement consacrée au trait appelé Heng, et qui est en fait un trait horizontal  (一) et qui est aussi le chiffre 1. De la maîtrise de la simplicité naît la compréhension de la complexité, ainsi les traits suivants s’apprennent beaucoup plus vite. Alors ce n’est plus qu’une question de s’exercer une centaine de fois aux quelques milliers de caractères qui existent et de faire sien un style….. Il existe bien sûr plusieurs styles, et il faudra renouveler l’opération à chaque apprentissage.

I had the pleasure to take lessons, during 3 weeks, with the calligrapher Lin Chao, who kindly “gatecrashed” me into his summer class for children from 5 to 10 years old.

The first week has been almost dedicated to the stroke called Heng, which is in fact a horizontal stroke (一) and which is also the number 1. From the perfect command of simplicity springs up the understanding of complexity, and thus the following strokes can be learnt more quickly. So, the key is to practice a hundred of times the writing of the thousands characters that exist and to get your own style…Of course, several styles already exist, and you will have to do the practice again each time you want to learn a new style. 

Les quatre trésors du lettré: le pinceau, l’encre, la pierre à encre et le papier (ici, du papier de riz)

La calligraphie est, pour beaucoup de chinois, l’art le plus noble (supérieur, donc, à la peinture). Tout chinois connait un peu de calligraphie. Certains possèdent une plus grande maîtrise que d’autres, mais, lorsqu’il s’agit d’écrire, quelque soit leur niveau, tous se plongent dans une impressionnante et profonde concentration. En effet, écrire un caractère, c’est d’abord faire une sorte de vide en soi et, pendant quelques secondes, ne plus dédier son esprit qu’à l’acte même d’écrire. La main dirige le pinceau dans un geste puissant mais maîtrisé, alternant patience et rapidité.

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5 Commentaires

Classé dans Kunming

5 réponses à “La Calligraphie / The Calligraphy 书法

  1. Super vos articles, j’adore le dernier sur la calligraphie. Hyper intéressant ce journal, j’ai l’impression de faire le voyage avec vous. Vos photos sont toujours atypique et les l’auteur (les auteurs ?) des articles écrit avec un ton très particulier qui fait attendre avec avidité le texte suivant : super voyage en tout cas !

    • Merci Pascal, et désolée pour cette réponse tardive…Il est en effet difficile de voyager tout en tenant un blog à jour (avec les wifis capricieux…). Donc encore merci pour ce commentaire si encourageant et j’espère que cela te donnera aussi quelques petites pistes pour votre préparation du tour du monde! A très bientôt! Cécile

  2. lionelle

    Beaucoup de choses m’impressionnent dans cet article.
    Quelle patience pour écrire les caractères chinois !
    Se vider l’esprit pour écrire un caractère, me fait dire que la caligraphie est aux chinois ce que la philosophie était aux grecs. Nous allons retrouver une Cécile hyper zen, n’est-ce pas ? Je ne parle pas de Fidel qui n’en est pas à sa première expérience en la matière.
    Pour conclure, je trouve étonnante cette statuette du soldat de l’armée rouge serrant la main à la Chine ancienne.
    Ils m’étonneront toujours ces chinois !

  3. imanecalligraphie

    Très intéressant, j’aimerais bien apprendre la calligraphie chinoise.

    • Merci pour ton commentaire, la calligraphie chinoise est en effet passionnante, et, tout comme les arabes, les chinois ont fait de leur écriture un art à part entière. Je pense qu’il ne doit pas être bien compliqué de trouver des cours de calligraphie chinoise à Paris, il s’agit ensuite de trouver le bon! Ton blog est intéressant et met en valeur la calligraphie arabe, je te souhaite une excellente continuation.

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