Shuang Lang 双廊 : Nan Zhao Fengqing Dao 南诏风情岛

Nous avons quitté Dali pour rejoindre la ville qui lui fait face sur l’autre rive du lac Erhai: Shuang Lang. Sur le bord de la route, nous avons levé notre pouce, pour essayer, et…Un 4×4 de marque allemande s’est arrêté devant nous. Les trois chinois qui étaient à l’intérieur nous annoncèrent qu’ils comptaient rejoindre Shuang Lang, mais que, d’abord, une escale déjeuner s’imposait. Les trois hommes venaient du Guangdong, l’un deux (la trentaine) possédait plusieurs mines de fluorite dans la région de Dali, situées à 3000 mètres d’altitude. Il est tout de même assez étonnant de faire de telles rencontres en levant son pouce au bord de la route…Mais, en Chine, ce n’est finalement pas si étonnant…D’une part, dans cette Chine en pleine expansion économique, il existe de nombreux jeunes chefs d’entreprises, manipulant des sommes d’argent assez colossales. D’autre part, ces personnes ne paraissent pas si inaccessibles et, malgré leur puissance économique, ils ne semblent pas vivre non plus dans un monde « à part ». En Chine, on pourrait croiser un PDG en jean-T-shirt dans un quartier populaire. Enfin, nous ne devons pas oublier que nous sommes des étrangers et que ces jeunes directeurs de firmes sont aussi très curieux de l’Occident. C’est donc en compagnie de ces trois jeunes chinois que nous atteignîmes un petit village en bord de route pour déguster un déjeuner local (cuisine Bai). En quelques minutes, la table se couvre de plats: soupe de poisson, épinards bouillis, filets de foie de boeuf en sauce, petites crevettes grillées, petits poissons frits dans de l’oeuf, et tant d’autres petits plats que nous n’avons pas terminé…Les chinois ont en effet l’habitude de commander un nombre impressionnant de plats, mais, dans le cas où un invité est à la table, c’est aussi pour « ne pas perdre la face ». Ensuite, il est important de ne pas finir les plats, toujours pour « ne pas perdre la face ». Enfin, les chinois mangent assez rapidement et quittent la table dès qu’ils ont terminé de manger. Le tout nous donne une table couverte de plats qu’on ne terminera donc pas, certains à peine entamés…Cela apparaît, pour l’occidental, comme un inqualifiable gâchis. Mais il ne faut pas « perdre la face » ! Cette notion est d’une importance capitale en Chine, elle se nomme 丢面子 (diumianzi), ce qui signifie littéralement « perdre la face », une expression que nous utilisons également en français, dans le même sens que les chinois, et qu’il n’est donc pas nécessaire d’expliquer. Néanmoins, le fait de « perdre la face » en Chine est nettement plus important qu’en France. Prenons un exemple plus grave: un homme déclare son amour à une femme et celle-ci le refuse: cela peut aller jusqu’à ce que l’homme change de ville. En Chine, le sens de l’honneur est exacerbé.

Refermons cette parenthèse et poursuivons un peu notre voyage vers Shuang Lang…Après quelques kilomètres, la route se transforme en chemin de terre en travaux. L’autoroute qui reliera bientôt la partie nord du lac avec la partie sud est en construction. Nous apprécions les joies du 4×4 sur cette route chaotique, jusqu’au moment où nous nous retrouvons nez à nez avec trois pelleteuses et un beau monticule de terre barrant le chemin…Pas de problème! Le co-pilote saute de la voiture et demande à ce qu’on nous improvise un chemin. Quelques minutes suffisent pour nous aplatir un bout de terrain sur lequel nous passons sans encombre.

Enfin nous atteignons Shuang Lang. Les trois hommes nous ont déjà offert le voyage, de l’eau et le repas de midi, mais ils ne s’arrêtent pas là. Le sens de l’hospitalité chinois ne semble pas avoir de limite. A peine sortis de la voiture, ils nous invitent à rejoindre l’île qui fait face à Shuang Lang: Nan Zhao Fengqing Dao 南诏风情岛 (l’île culturelle des Zhao du Sud). C’est une île aux quatre « A ». Les sites touristiques chinois sont évalués selon leur nombre de « A », une sorte de classification « dysneylandienne » (qui explique sans doute le coût très élevé de la traversée en bateau puis de l’entrée à l’île : 150 RMB. Tous ces frais ont été pris en charge par nos hôtes chinois). Cette classification entraîne la construction d’infrastructures parfois assez attristantes…C’est le cas de cette île, sur laquelle un grand hôtel a été construit, tel un moderne château fort entre architecture néo-médiévale et néo-stalinienne…Il domine les cimes des arbres et agrémente impérieusement le paysage.

Les bateaux menant à l’île : moteur qui tousse et métal rouillé

Les passagers en route pour l’île: des touristes chinois

Nous accostons sur cette île où tout est aménagé: à l’entrée, un grand bassin agrémenté de sculptures,  puis des chemins pavés mènent aux différents points d’intérêt…

…Telle cette plage, à moitié bétonnée et recouverte de galets, où personne ne se baigne, l’eau est bien trop polluée…Le paysage n’en demeure pas moins magnifique, et un couple de chinois est d’ailleurs venu faire une séance photo, avec les accessoires nécessaires à une bonne mise en scène. Ce type de photographie de voyage est très prisé des chinois, dans les villages touristiques où nous sommes passés, nous avons vu beaucoup de touristes chinois se faire photographier aux côtés d’une femme en habits traditionnels locaux, ou en revêtant eux-mêmes ces habits. On le sait, les chinois aiment à photographier et à se faire photographier. Nous avons maintes fois expérimentés le phénomène puisque nous sommes des étrangers: un groupe de touristes chinois vous demande s’il peut prendre une photo à vos côtés, mais il ne s’agit pas d’une photo de groupe, non, vous devrez poser aux côtés de chaque membre du groupe successivement…Vous l’aurez compris, on se sent parfois comme une bête de foire. En outre, l’appareil numérique est devenu la plus commune des choses entre les mains des touristes, ce qui ne fait qu’accentuer le phénomène…

Au loin, on aperçoit un paquebot qui ajoute sa touche à ce paysage déjà surréaliste…

Non loin de notre bien-aimé hôtel néo-stalinien se tient une monumentale statue de Guanyin (观音)

Les bas-reliefs bordant la place

Aux pieds de Guanyin: offrandes et coussins de prière

Encensoirs

Nous quittons l’île avec nos trois acolytes chinois. Ceux-ci nous proposent alors de partir avec eux, sur le champ, à Shangrila. Nous déclinons la proposition car nous souhaitons passer la nuit à Shuang Lang. Les trois hommes nous annoncent alors que, si nous ne venons pas, ils vont donc retourner à Dali. Mais ce n’est pas tout, à peine sortis du bateau, ils nous demandent expressément de les accompagner à la voiture, où ils nous offrent deux cartouches de cigarettes. Les cigarettes sont un présent courant en Chine, mais tout de même, nous ne nous connaissions que depuis quelques heures…Ce n’est pas la première fois que nous faisons l’expérience de la générosité chinoise au détour d’une rencontre, et, même s’il on peut penser que quelque intérêt se cache derrière tant de présents, on ne peut nier le fait que les chinois donnent un sens aigu au mot « hospitalité ».

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