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Dali 大理 et son église

Au détour d’une ruelle donnant sur Renmin lu 人民路, quelle n’est pas notre surprise à la vue de ce bâtiment typiquement chinois couronné d’une croix chrétienne…! Il s’agit de l’église catholique de Dali, construite en 1927 (à l’instigation des pères de Betharram, France) et combinant des traits de l’architecture locale Bai (白族, Baizu, ethnie Bai) avec le plan d’une église européenne.

Un fragment de pilier sculpté a été laissé là, dans la cour d’entrée…La plupart des éléments structurels sont propres au langage architectural européen (issu de la tradition italienne): baies géminées, arcs en plein cintre, colonnes torsadées et chapiteau. Les éléments décoratifs sculptés en bas reliefs appartiennent principalement au registre floral, et il semble même que quelques fleurs de lotus se soient glissées parmi les arcs. Ce langage végétal paraît plus relever de l’art local Bai.

Cette porte est également un bel exemple de syncrétisme. On y trouve deux colonnes torsadées et un arc en plein cintre, que nous attribuons à la tradition architecturale européenne, tandis que les bases des colonnes, en forme de petits tonneaux écrasés, ainsi que le fait de peindre les maçonneries, relèvent davantage de la tradition architecturale chinoise. La porte de bois, peinte en rouge, est surmontée de l’inscription latine « Ecclesia Catholica ». Cependant, la poutre au sol séparant le monde intérieur du monde extérieur ainsi que les deux petits lions gardiens de porte (les petits blocs de pierre carrés posés au sol) nous rappellent bien que nous sommes bien en Chine…

L’intérieur reprend la disposition d’une église européenne : nef centrale et allées collatérales. Néanmoins, la partie la plus sacrée de l’église, le choeur, n’est matérialisée par aucune disposition architecturale spécifique (de type rotonde, coupole, tour…), si ce n’est un espace surélevé sur lequel se trouve l’autel. 

L’inscription jaune 天主是爱 (tian zhu shi ai) signifie « Dieu est amour ».

Le plafond est peint d’un bleu nuit étoilé au centre duquel se trouve un cercle rayonnant. Les colonnes de la nef peintes en rouge laqué et les poutres en encorbellement soutenant le plafond apparaissent comme typiquement chinoises.

Voici « La Cène » réalisée dans la très chinoise technique du papier découpé (dimensions approximatives : 20 cm x 40 cm)

Les petits encarts situés au dessus de l’arc figure des paysages de plaines arborées peuplées de bâtiments blancs : ceux-ci ne semblent pas présenter de caractéristiques architecturales chinoises…Ils sont agrémentés de nombreuses baies et de longues colonnades, le bâtiment de l’encart central a même un toit plat (ce qui ne semble pas être monnaie courante dans l’architecture chinoise). Tous ces détails nous font donc penser à de l’architecture italienne, et peut être même romaine, en référence au sein siège pour cette église catholique…Néanmoins, le syncrétisme perdure avec les fleurs de lotus enrubannées (dans les coins) et toutes les petites têtes de monstres protecteurs sculptées et peintes (en partie supérieure).

Dans la pensée chinoise, le cercle représente le ciel et le carré, la terre. Ici : imbrication des deux…

De chaque côté de la porte centrale se trouve une saynète: la première représente des pêcheurs…

…La seconde représente la fin du labour: un homme tient un soc de charrue, le second, juché sur le boeuf, joue de la flûte. Dans la petite maison à l’extrême droite, deux fonctionnaires prennent des notes. Nous ne voudrions point trop nous avancer dans l’interprétation symbolique de ces petites scènes de vie quotidienne qui n’ont sûrement pas été choisies au hasard…Mais la scène de pêcheurs peut faire penser à toute la symbolique christique liée au poisson.

Dans la cour de l’église, un grand tableau noir est recouvert d’inscriptions et de dessins. Au centre: Joseph et Marie portant le Christ enfant. Des frises de poissons côtoient des frises de fleurs de lotus…Toujours cet heureux syncrétisme, qui résume à lui seul l’ambiance si spéciale de cette église.

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Shuang Lang 双廊

Comme beaucoup de villages bordant le lac Erhai (洱海), Shuang Lang est, à l’origine, un petit port de pêcheurs. Mais le village se développe de plus en plus. L’île culturelle des Zhao du Sud (南诏风情岛, Nan Zhao Fengqing Dao) attire un tourisme de passage, qui ne verra sûrement que l’île et les boutiques du rivage. Mais le village attire aussi un « tourisme » plus sédentaire: artistes et stars du show-business. En effet, l’atmosphère paisible et les paysages teintés de reflets d’eau stimulent l’inspiration…Les vieilles maisons chinoises forment un dédale de ruelles charmantes, les habitants se retrouvent le soir sur de petites places arborées, une promenade en pierre suit le rivage du lac…Mais la présence grandissante de ces touristes fortunés semble user un peu de la poésie du lieu: cafés et bars haut-de-gamme se multiplient, certains commerçants locaux cherchent à profiter au maximum de la bourse du client, et il faut même aquitter un droit d’entrée pour accéder à une partie de la vieille ville (les touristes logeant dans cette partie de la ville ont droit à un « gracieux » moitié-prix). « C’est le Saint-Tropez chinois » nous a dit un français qui tient un restaurant à Shuang Lang. Néanmoins, la ville que nous avons vu avait parfois des allures chaotiques, puisqu’on y refaisait alors le système d’égouts (afin que les eaux usées ne soient plus déversées dans le lac) et, par la même occasion, la voierie.

Notre auberge, tenue par une famille Bai.

On trouve la même espèce d’araignée tout autour du lac Erhai. Elles sont présentes par milliers et tissent des toiles de très grande envergure car, contrairement à la majorité des araignées, celles-ci vivent en colonie. Les toiles sont donc tissées bout-à-bout et peuvent atteindre plusieurs mètres de long. Ces araignées sont de différentes tailles, mais c’est à Shuang Lang que nous observé les plus grosses (corps – sans les pattes – atteignant 5 cm de long). 

Nous passons la nuit à Shuang Lang, sous la pleine lune de la fête de la Mi-Automne.

Le lendemain, le soleil se lève à nouveau sur le village…

Un petit bâtiment en construction.

Quelques crevettes pour finir…

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Shuang Lang 双廊 : Nan Zhao Fengqing Dao 南诏风情岛

Nous avons quitté Dali pour rejoindre la ville qui lui fait face sur l’autre rive du lac Erhai: Shuang Lang. Sur le bord de la route, nous avons levé notre pouce, pour essayer, et…Un 4×4 de marque allemande s’est arrêté devant nous. Les trois chinois qui étaient à l’intérieur nous annoncèrent qu’ils comptaient rejoindre Shuang Lang, mais que, d’abord, une escale déjeuner s’imposait. Les trois hommes venaient du Guangdong, l’un deux (la trentaine) possédait plusieurs mines de fluorite dans la région de Dali, situées à 3000 mètres d’altitude. Il est tout de même assez étonnant de faire de telles rencontres en levant son pouce au bord de la route…Mais, en Chine, ce n’est finalement pas si étonnant…D’une part, dans cette Chine en pleine expansion économique, il existe de nombreux jeunes chefs d’entreprises, manipulant des sommes d’argent assez colossales. D’autre part, ces personnes ne paraissent pas si inaccessibles et, malgré leur puissance économique, ils ne semblent pas vivre non plus dans un monde « à part ». En Chine, on pourrait croiser un PDG en jean-T-shirt dans un quartier populaire. Enfin, nous ne devons pas oublier que nous sommes des étrangers et que ces jeunes directeurs de firmes sont aussi très curieux de l’Occident. C’est donc en compagnie de ces trois jeunes chinois que nous atteignîmes un petit village en bord de route pour déguster un déjeuner local (cuisine Bai). En quelques minutes, la table se couvre de plats: soupe de poisson, épinards bouillis, filets de foie de boeuf en sauce, petites crevettes grillées, petits poissons frits dans de l’oeuf, et tant d’autres petits plats que nous n’avons pas terminé…Les chinois ont en effet l’habitude de commander un nombre impressionnant de plats, mais, dans le cas où un invité est à la table, c’est aussi pour « ne pas perdre la face ». Ensuite, il est important de ne pas finir les plats, toujours pour « ne pas perdre la face ». Enfin, les chinois mangent assez rapidement et quittent la table dès qu’ils ont terminé de manger. Le tout nous donne une table couverte de plats qu’on ne terminera donc pas, certains à peine entamés…Cela apparaît, pour l’occidental, comme un inqualifiable gâchis. Mais il ne faut pas « perdre la face » ! Cette notion est d’une importance capitale en Chine, elle se nomme 丢面子 (diumianzi), ce qui signifie littéralement « perdre la face », une expression que nous utilisons également en français, dans le même sens que les chinois, et qu’il n’est donc pas nécessaire d’expliquer. Néanmoins, le fait de « perdre la face » en Chine est nettement plus important qu’en France. Prenons un exemple plus grave: un homme déclare son amour à une femme et celle-ci le refuse: cela peut aller jusqu’à ce que l’homme change de ville. En Chine, le sens de l’honneur est exacerbé.

Refermons cette parenthèse et poursuivons un peu notre voyage vers Shuang Lang…Après quelques kilomètres, la route se transforme en chemin de terre en travaux. L’autoroute qui reliera bientôt la partie nord du lac avec la partie sud est en construction. Nous apprécions les joies du 4×4 sur cette route chaotique, jusqu’au moment où nous nous retrouvons nez à nez avec trois pelleteuses et un beau monticule de terre barrant le chemin…Pas de problème! Le co-pilote saute de la voiture et demande à ce qu’on nous improvise un chemin. Quelques minutes suffisent pour nous aplatir un bout de terrain sur lequel nous passons sans encombre.

Enfin nous atteignons Shuang Lang. Les trois hommes nous ont déjà offert le voyage, de l’eau et le repas de midi, mais ils ne s’arrêtent pas là. Le sens de l’hospitalité chinois ne semble pas avoir de limite. A peine sortis de la voiture, ils nous invitent à rejoindre l’île qui fait face à Shuang Lang: Nan Zhao Fengqing Dao 南诏风情岛 (l’île culturelle des Zhao du Sud). C’est une île aux quatre « A ». Les sites touristiques chinois sont évalués selon leur nombre de « A », une sorte de classification « dysneylandienne » (qui explique sans doute le coût très élevé de la traversée en bateau puis de l’entrée à l’île : 150 RMB. Tous ces frais ont été pris en charge par nos hôtes chinois). Cette classification entraîne la construction d’infrastructures parfois assez attristantes…C’est le cas de cette île, sur laquelle un grand hôtel a été construit, tel un moderne château fort entre architecture néo-médiévale et néo-stalinienne…Il domine les cimes des arbres et agrémente impérieusement le paysage.

Les bateaux menant à l’île : moteur qui tousse et métal rouillé

Les passagers en route pour l’île: des touristes chinois

Nous accostons sur cette île où tout est aménagé: à l’entrée, un grand bassin agrémenté de sculptures,  puis des chemins pavés mènent aux différents points d’intérêt…

…Telle cette plage, à moitié bétonnée et recouverte de galets, où personne ne se baigne, l’eau est bien trop polluée…Le paysage n’en demeure pas moins magnifique, et un couple de chinois est d’ailleurs venu faire une séance photo, avec les accessoires nécessaires à une bonne mise en scène. Ce type de photographie de voyage est très prisé des chinois, dans les villages touristiques où nous sommes passés, nous avons vu beaucoup de touristes chinois se faire photographier aux côtés d’une femme en habits traditionnels locaux, ou en revêtant eux-mêmes ces habits. On le sait, les chinois aiment à photographier et à se faire photographier. Nous avons maintes fois expérimentés le phénomène puisque nous sommes des étrangers: un groupe de touristes chinois vous demande s’il peut prendre une photo à vos côtés, mais il ne s’agit pas d’une photo de groupe, non, vous devrez poser aux côtés de chaque membre du groupe successivement…Vous l’aurez compris, on se sent parfois comme une bête de foire. En outre, l’appareil numérique est devenu la plus commune des choses entre les mains des touristes, ce qui ne fait qu’accentuer le phénomène…

Au loin, on aperçoit un paquebot qui ajoute sa touche à ce paysage déjà surréaliste…

Non loin de notre bien-aimé hôtel néo-stalinien se tient une monumentale statue de Guanyin (观音)

Les bas-reliefs bordant la place

Aux pieds de Guanyin: offrandes et coussins de prière

Encensoirs

Nous quittons l’île avec nos trois acolytes chinois. Ceux-ci nous proposent alors de partir avec eux, sur le champ, à Shangrila. Nous déclinons la proposition car nous souhaitons passer la nuit à Shuang Lang. Les trois hommes nous annoncent alors que, si nous ne venons pas, ils vont donc retourner à Dali. Mais ce n’est pas tout, à peine sortis du bateau, ils nous demandent expressément de les accompagner à la voiture, où ils nous offrent deux cartouches de cigarettes. Les cigarettes sont un présent courant en Chine, mais tout de même, nous ne nous connaissions que depuis quelques heures…Ce n’est pas la première fois que nous faisons l’expérience de la générosité chinoise au détour d’une rencontre, et, même s’il on peut penser que quelque intérêt se cache derrière tant de présents, on ne peut nier le fait que les chinois donnent un sens aigu au mot « hospitalité ».

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